sainfoin 005

On l'a tous fait étant gamins. Prendre un grain de blé ou d'orge et le mettre dans un coton humide. Au bout de quelques jours, un germe jaillissait vers le ciel en même tant que de petites racines prenaient le chemin inverse. C'était tout simplement miraculeux, bien plus encore que les tours de Garcimore à la télé (Pour ceux qui ont connus les années 80, sinon, c'est là). Passé ce tour de force, avoir fait jaillir la vie, on s'en retournait à nos occupations, qui n'étaient pas encore de passer tout notre temps libre devant une console de jeux ou sur Facebook. C'était somme toute un miracle assez facile à réaliser, et donc pas si intéressant passé le moment de surprise. On le referait si on voulait, quand on voudrait, c'est à dire jamais. Non, tout bien réfléchi, c'était pas plus miraculeux qu'une partie de marelle, qui nous donnait souvent plus d'émois, vous savez lorsque le galet, lancé un peu trop fort, menaçait de vouloir dépasser le ciel. Bref...

J'ai retrouvé cette agréable sensation de démiurge hier, lorsque je suis allé inspecter mon champ nouvellement semé de sainfoin. Il faut dire que les deux dernières fois qu'on a semé quelque chose, en matière de miracle, on n'a pas été bons. Un Garcimore des mauvais jours. Mais là, l'expérience aidant, les sommes en jeu aussi (on croit que la semence ne coûte rien), on a tout bien fait, et surtout, on a été patient. Il a fallu attendre l'eau, travailler la terre avant, au bon moment, et les créneaux sont étroits chez nous. Je ne disposais pas d'un hectare de coton, ni d'un robinet pour humidifier tout ça. Et c'est là que ça redevient du miracle quand ça veut bien pousser. Et ça a bien voulu pousser. Et ça m'a donné de l'émotion, comme il y a 35 ans, lorsque j'ai vu mon grain de blé germer dans son coton.